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La Cryptographie chez les Maures - Note sur quelques alphabets secrets du Hodh.
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La Cryptographie chez les Maures.Note sur quelques alphabets secrets du Hodh.
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Le document examiné ici est joint à une lettre en arabe adressée à M. Th. Monod par Sidi Mohammed b. ’Abd el Malik, de Néma, Cadi du Hodh (Soudan français). L’un et l’autre m’ont été communiqués par M. Th. Monod et sont conservés à l’Institut d’Afrique (Dakar).
La lettre est une épître serni-officielle, laudative ; elle annonce l’envoi d’une pièce de vers (gasida) dédiée au Gouvernement général de l’A. O. F. Une seule ligne, la 16e, se rapporte au document : « Je t’envoie un texte renfermant quelques spécimens d’écritures que j’ai trouvés dans les livres et que je n’ai pu déchiffrer. » Ce dernier aveu explique les errata du copiste.

TRADUCTION.

Le document est un feuillet de 18/11 cm., écrit sur les deux faces. Il s’ouvre ainsi : « Chapitre des écritures dérivées de l’arabe ». Suit l’énumération de neuf systèmes cryptographiques ; chacun d ’eux est nommé et présenté en quelques mots, puis viennent les caractères ésotériques, écrits à la suite les uns des autres, de droite à gauche ; enfin, éventuellement, de secs commentaires. Voici le « texte :
1. El-Bit’i. Écriture de la magie (hikma). Inventé par Mulay Idris. Les lettres sont classées, dans l’ordre de leur valeur numérique (abujad), en unités, dizaines et centaines.
2. El-Hindi (l’Indien). Transcrit par Hedus le Mage (hakim).
3.El-Qalfatiri [1]. Transcrit par le Mage Qalfatir Yunes.Ordre numérique abujad.
4.Transcrit par lbn Yunes le Mage.
5.Transcrit par Falaluis ( ?) le Mage.
6.Transcrit par le Mage Yâsin ( ?)
7 ? ( le nom est resté en blanc). Sache que les inventeurs de ces caractères n’étaient pas des arabophones, et que tu peux trouver un texte chiffré qui te soit incompréhensible si tu le veux rendre en arabe. A l’origine, ces alphabets ne servaient pas à transcrire l’arabe ; aussi, si tu trouves un texte ancien, sans doute sera-t-il dans la langue des anciens, c’est-à-dire, d’étrangers non arabes (a’ ajim).
8.Et-Tabi’i’
9.El-Yunani (le Grec). Ordre numérique abujad. »

COMMENTAIRE.

Les neuf alphabets ont pu être établis sur les indications d’un Kounti et d’un Touati qui vivent avec les Ait Oussa. dans la région de Goulimine (Sud-Ouest marocain). Le premier est Sidi Bu-Bkar uld svayh `Abidin ; le second, le Srif Mulay Dahman.
Clef 1. Les vingt huit lettres de l’alphabet arabe sont rangées suivant l’ordre croissant de leur valeur numérique dans le système barbaresque connu sous le nom d’abujad (parce que les quatre premières sont ’a. b, j, d).
2. A chaque signe cryptographique correspond une, deux ou trois lettres de l’alphabet arabe : deux, si les dizaines et les centaines sont confondues (par exemple : k = 20 et r 200, seront représentés par le même caractère) ; trois, si un seul signe traduit, avec l’unité, la dizaine et la centaine correspondantes (b = 2, k = 20 et r = 200).
Tableaux. — En conséquence, le tableau 1 comprend les 4 systèmes à 28 signes ; le tableau II groupe les 3 systèmes à 19 signes ; le tableau III renferme les 2 systèmes à 10 signes. On voit que l’interprétation est singulièrement malaisée dans les deux derniers cas, où il faut essayer 2 ou 3 lettres pour décrypter un seul signe.


[1] Le mot viendrait du grec Χαρχτήρες cf. S. REICH, Bull. Et. Orient. Inst. Fr. Damas, VII –VIII, 1938, p. 173.




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