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ASPECTS DE LA TOPONYMIE AFRICAINE

I. Objet et nécessité de ta toponymie. — II. L’orthographe officielle. — III. Sources d’orthographe officielle aux colonies. — IV. Situation des colonies africaines vis-à-vis de ta toponymie. — V. Ce qu’il ne faut pas faire : erreurs dues au voyageur, au topographe. VI. Erreurs dues au dessinateur-cartographe ou fautes de copie. — VII. Ce qu’il faut faire, ou essai de définition du problème toponymique. — VIII. La recherche des noms. — IX. La transcription des noms : coup d’œil sur ta solution orthographique générale. X. De quelques solutions particulières. — XI. La solution africaine. — XII. Les méthodes de contrôle. — Conclusion.

I

La limite commune aux deux colonies du Soudan français et de la Mauritanie traverse une région désertique où l’on a eu beaucoup de mal à trouver quelques points de repère lorsqu’il s’agit de désigner la ligne frontière. Parmi ces points, la Mauritanie proposait Guelb-el-Abd comme particulièrement important à son point de vue, et le Sénégal tenait pour un point d’eau désigné sur les cartes des cercles par Galibalabidi. Il fallut toute une discussion pour faire admettre que ces deux noms, d’aspect dissemblable, désignaient un seul et même point, à savoir un piton (guelb) dont la silhouette vue du Nord est familière aux guides Maures, et une mare située juste au pied du piton, où les Toucouleurs venus du Sud ont, de temps immémorial, l’habitude d’abreuver leurs troupeaux.

Et pourtant, en y regardant de plus près, cette discussion aurait pu être évitée, car c’est bien le même mot qu’avaient enregistré d’une part les officiers de Mauritanie et, d’autre part, les administrateurs du Soudan, le second mot ayant exactement les mêmes syllabes que le premier, ou du moins les mêmes consonnes suivies de voyelles de liaison qui, étant toujours assez sourdes dans la prononciation indigène, avaient été notées différemment.
C’est par milliers que l’on pourrait donner des exemples de semblables confusions. La transcription des noms géographiques sur les cartes coloniales offre donc une très grande importance.
En effet, un des buts principaux que se propose une carte est de permettre à toute personne ne connaissant pas le pays, de se diriger sans ambiguité. Supposons tous les mouvements de terrain parfaitement représentés, tous les cours d’eau fidèlement marqués, toutes les agglomérations humaines enregistrées avec leur importance relative et les voies de communication, le but sera incomplètement atteint : nous n’aurons qu’une carte muette. La carte doit porter, plus ou moins complètement suivant son échelle [1], les noms par lesquels sont désignés, dans la langue du pays, non seulement les accidents topographiques représentés (plateaux, sommets, crêtes, rochers, falaises, cois...), les cours d’eau, les localités habitées, mais encore les noms de région, province, contrée, district et celui des groupements d’habitants, populations et tribus.
L’importance des noms de géographie physique saute aux yeux. Vous devez pouvoir, en consultant la carte, dire au guide : « Es-tu déjà monté sur telle montagne ? — Connais-tu tel col, qui fait communiquer les vallées de tel et tel cours d’eau ? — A quelle distance sommes- nous de tel point d’eau, tel ruisseau est-il guéable en ce moment ? »


[1] La densité des noms à porter sur une carte est une question connexe de celle qui nous occupe : il est bien évident qu’une carte au 200.0000 ne peut contenir tous les noms figurant sur un levé au 50.000e, et que de nombreuses éliminations de noms sont nécessaires, faute de place matérielle pour les inscrire, sur une carte donnant l’ensemble d’un pays au millionième par exemple.




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