Les Industries locales au Fouta
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INTRODUCTION

L’INDUSTRIE AU FOUTA. - SON ANCIENNE PROSPÉRITÉ SON ABANDON PROGRESSIF CE QU’ELLE EST ACTUELLEMENT

En France, il est admis couramment que l’industrie est inexistante en A. O. F. _ C’est là une erreur. Entendons-nous cependant. Il n’y a certes pas, en Afrique Occidentale, de riches industries ; le nouvel arrivant dans la colonie, curieux de documentation, n’y rencontrera ni de hautes cheminées d’usine, ni de puissants hauts fourneaux ; nulle part, en parcourant le pays, en traversant les villages, il n’aura la saisissante impression de la cité ouvrière européenne...
C’est que l’industrie africaine est silencieuse et discrète ; les artisans ne travaillent pas groupés, dans de vastes ateliers spécialement aménagés autour de lourdes machines, mais au contraire le plus souvent isolés, dans de simples cases qui leur servent en même temps d’habitation et les instruments qu’ils emploient sont si modestes et si rudimentaires qu’ils n’attirent guère l’attention.
L’industrie existait en A. O. F. bien avant notre arrivée. Elle était exclusivement réservée à des castes spéciales, très fermées, qui faisaient partie de races bien définies. Les artisans qu’elle occupait étaient toujours d’origine serve, mais en raison même des services qu’ils rendaient, ils prirent progressivement une place importante dans la société et y firent figure d’hommes libres. La plupart de ces artisans vivaient auprès des chefs ; pour préciser leur situation, nous pouvons les rapprocher des « clients » de la Rome royale : comme eux, ils faisaient partie de la « gens » et étaient traités moins en serviteurs qu’en collaborateurs utiles.
Ces castes d’artisans se sont maintenues jusqu’à nous aussi fermées qu’à l’origine et aujourd’hui encore, en A.O.F., on naît forgeron comme on naît tisserand, comme on naît cordonnier. Le fils hérite des instruments de travail de son père dont il a patiemment écouté les sages conseils professionnels, fruits d’une atavique expérience. De même que les vieux « canuts » lyonnais, les « mabos », tisserands africains, transmettent à leurs fils le primitif et familial métier à tisser, en même temps que le mystérieux « gri-gri » devant assurer une nombreuse et riche clientèle et aussi éloigner l’esprit malin qui embrouille les fils et brise la trame.
A l’origine, toutes les industries étaient prospères ; mais, au milieu d’une race essentiellement guerrière, obligée d’avoir sans cesse armes en main pour maintenir son occupation et vaincre les résistances qu’elle rencontrait, les industries de la guerre étaient entre toutes particulièrement florissantes. Les forgerons-armuriers étaient arrivés à un degré d’habileté remarquable et l’histoire de notre conquête en A. O. F. nous montre ces artisans, ingénieux et habiles, capables de fabriquer une batterie complète de fusil, poussant le souci de l’exactitude et de l’imitation jusqu’à reproduire sur les étuis des cartouches les numéros et les lettres de nos manufactures d’armes, qui constituaient à leurs yeux de précieux et indispensables talismans.
Il est malheureusement pénible de noter que ces divers artisans n’ont apporté de modification dans aucune des branches de l’industrie locale. L’indigène, essentiellement traditionaliste, n’a fait dans ce sens aucun effort de perfectionnement ; aussi l’immuabilité des méthodes et des instruments de production est-elle flagrante.





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