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Évolution sociale et culturelle des Collectivités nomades de Mauritanie
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Évolution sociale et culturelle des Collectivités nomades de Mauritanie
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L’armature traditionnelle de la société nomade mauritanienne est constituée par un compartimentage de castes nettement marqué.
Ces castes sont les suivantes :
Les guerriers (« hassana »), d’origine arabe maqil, à l’exception cependant des Id Aou Aïch du Tagant, qui sont de souche berbère çanhadja ;
Les marabouts («  zouaia » ou « tolba ») presque tous d’origine berbère çanhadja ou Zénète [1] ;
Les tributaires (« zenaga », lahma ou aïal), en grande majorité d’origine berbère çanhadja [2] ;
Les serviteurs affranchis (« harratine »), de race noire ou très fortement métissés ;
Les serviteurs (« abid »), de race noire ;
Les griots («  iguiawen ») et les forgerons (« maalemin ») fortement métissés et, dit la chronique maure, d’ori­gine juive.

Les guerriers, quoique peu nombreux, représentaient et représentent encore dans la mesure où nous le permettons, le pouvoir politique ; ils ont pour principale mission de protéger les représentants des autres classes, chaque tente d’un groupement guerrier possédant indépendamment de ses serviteurs, ses harratine et ses tributaires propres, ainsi que ses marabouts attitrés. D’une façon générale, les guerriers n’ont ni culture, ni grande religion. Ils sont musulmans surtout parce qu’ils sont Arabes, par point d’honneur.

Les marabouts se livrent à l’étude, à l’enseignement, au commerce et à l’élevage ; ils sont le nombre, la richesse et la force morale. Leur tâche particulière est de répandre la culture islamique, de défendre la religion et de veiller à l’observation des règles de la loi musulmane ou chériat. Dans la Basse Mauritanie, certains d’entre-eux ont été, à la suite de l’issue malheureuse de la guerre de Char Boubba [3], astreints à des prestations vis-à-vis des hassane, prestations qui ne correspondent d’ailleurs pas, pour les assujettis, à des liens de vassalité [4].

Les tributaires s’occupent surtout d’élevage. Comme les guerriers ils sont pour la plupart incultes et d’une religion tout à fait rudimentaire. A l’origine, leur fonction sociale essentielle était de veiller à la conservation ainsi qu’au bon entretien des troupeaux et de pourvoir à la subsistance des guerriers et des marabouts. Il est admis qu’ils ne mènent pas une vie pleinement indépendante. Le « lahma, dit un proverbe maure, vit sous un étrier ou sous un livre »c’est-à-dire dans le sillage d’un guerrier ou d’un marabout.
A leur condition s’attachent des servitudes dont beaucoup se sont d’ailleurs libérés, ainsi que nous l’indiquerons plus loin. Ces servitudes consistent essentiellement en des redevances diverses dues par les uns aux guerriers, par les autres aux marabouts sous la protection de qui les tributaires sont venus se placer.


[1] Certains cependant sont ou se déclarent chorfa, d’origine arabe par conséquent.

[2] Quelques tributaires descendent des premières bandes arabes venues en Mauritanie, d’autres auraient pour ancêtres les Bafour, qui auraient compté parmi les premiers habitants de la Mauritanie et qui, selon quelques auteurs, seraient d’origine juive.

[3] La guerre de Char Boubba marque l’ultime effort des marabouts berbères pour s’affranchir de la tutelle politique des hassane, Elle dura trente ans (1644-1974) et se termina par la défaite des marabouts.

[4] Sur ces prestations et celles des tributaires, consulter l’ouvrage de P. MARTY, L’Emirat du Trarza.




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