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Recherches sur l’origine des marques de tribus (Feux)
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Recherches sur l’origine des marques de tribus (Feux)
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Qui n’a pas remarqué ces « feux parfois exagérés (brûlures, profondeur) que portent les animaux des Maures et Touaregs ? Rares cependant sont les personnes qui en soupçonnent l’origine et la transmission. Il ne s’agit pas de cautérisations, pratiquées dans le but de circonscrire une plaie ou une affection interne, mais d’un signe le plus souvent limité en surface, et placé principalement, sur les parties suivantes du corps de l’animal : cou côté droit, rarement à gauche ; membres, postérieurs surtout ; tête : sur les joues ou sur le museau même.
La formation de boules d’un à deux centimètres de diamètre, que l’on remarque parfois au nombre de deux ou trois, est artificielle, pratiquée par attache et rentre dans la même catégorie : Chameaux touaregs, des Ifoghas surtout, sur le museau (en tamachek : ikoumbar). Remarqué aussi cette pratique chez les Maures du Hodh, tribu Hammonatt Douamiss, mais sur les membres antérieurs ou postérieurs droits (en maure : aknabir).
Pour le Sahel de l’A.O.F., M. P. Marty s’y est intéressé quelque peu, comme en témoignent ses ouvrages sur les Trarza, les Brakna (1920), les Tribus Maures du Sahel et du Hodh (1921), ainsi que le volume consacré à l’Azaouad. Il considère cet état de choses comme une coutume variable, mais ne fait pas de rapprochement, entre cette tradition et l’origine de la tribu qui l’emploie. Voici pourquoi : souvent une tribu d’origine indéterminée, comme c’est le cas pour les groupements du type « zénaga » en Mauritanie et le type « imrad » chez les Touaregs, gravite autour d’un élément qui lui est étranger, mais dont l’influence, soit politique soit religieuse, est devenue prédominante dans la région. Petit à petit, le vassal, malgré ses affinités originelles, adopte les coutumes et traditions de son suzerain. C’est ce que veut dire M. Marty dans les ouvrages ci-après, lesquels pourraient être pris contradictoirement (Hodh, 1921, p. 440) : « ...comme tous les Hassanes, les Oulad Naçer n’ont pas de marque bien déterminée... » et dans le volume Trarza, p. 170, parlant des Réhahla « ...comme tous les Zénagas, ils n’ont pas de marque spéciale pour les animaux, mais prennent celles des tribus maraboutiques chez lesquelles ils vivent ».

Exemples remarqués : les Tormoz du Nord du Cercle de Goundam, sont classés « Hassane mais ils vécurent longtemps au contact des Kounta de l’Azaouad. Leur feu est constitué du lamalif Kounta adopté, suivi d’additifs distinctifs. Même observation pour les Bérabiches oulad Omran du Nord de Tombouctou. Autre exemple encore et bien connu dans le Hodh et l’Assaba, certains éléments de diverses tribus adoptèrent le signe des Chorfas d’Hamma-Allah de Tichit (fig. 1, n° 1) [1], tant était devenu grand le prestige de cet illuminé marabout. Pour les nomades, il existe des feux bénéfiques et d’autres maléfiques.
L’auteur égyptien Yacoub Artin Pacah (Londres, 1902 et le Caire, Impr. Nationale, le Wesm, p. 182 et suivantes) s’est efforcé de relever et d’étudier _ un certain nombre de wesms (feux) pour le Moyen Orient et son pays d’origine. Il est arrivé à une conclusion très intéressante, qui mérite d’être rapportée brièvement. A son avis, c’est en Mongolie et au Tibet notamment, que semble prendre corps, à une époque ancienne mais indéterminée, la tradition héréditaire du wesm distinctif de tribu, appelé en Asie damgha. En turc, dagh signifie : cautérisation. L’auteur rapporte que Clavija, ambassadeur espagnol auprès de Tamerlan à Samarkand, désigne sous le nom d’armoirie le damgha de ce Khan. Ce damgha est composé de trois cercles placés en triangle, en pyramide plus exactement (2). Une monnaie du petit-fils de Timour, Ulugh Beg, reproduit ce blason familial (Collection du British Museum).
Un autre auteur, turc celui-ci, Ismail Effendi Maher (impr. de Boulaq, Égypte, 1892), traitant spécialement du Caucase, note que le damgha sert principalement à marquer les animaux, mais qu’on le trouve également sur la pierre qui forme clef de voûte des portes de maisons., sur les pierres tombales, tapis, cachets et armes personnelles. De Genghis-Khan à Ghahir Guérai, dernier chef tartare de Crimée (1783), on remarque sur les monnaies des Khans mongols, le même signe distinctif, incontestablement wesm de la tribu ou clan d’origine (3).


[1] Les chiffres de 1 à 156, portés entre parenthèses dans cet article, renvoient aux chiffres correspondants de la fig. 1.




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