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Recherches sur l’origine des marques de tribus (Feux)

Dans ce même volume, p. 170, M. Marty nomme encore Khatma l’étoile à 6 pointes, marque d’une tente des Aroueijat( ?) Ce mot semble synonyme de partie. Ne dit-on pas : le Coran se divise en 4 Khatma ( ?).
On doit noter encore le halgué comme signe du Zodiaque, celui du Bélier qui, dans le calendrier précessionnel solaire, se trouvait au zénith avant notre ère, laquelle débute l’an 1 avec le signe des Poissons (24) qui lui, stylisé, pourrait être apparenté au damgha de Mangu ( ?).
Ce même Zodiaque contient aussi un signe assez curieux, celui du Cancer (25) que l’on retrouve comme marque du chef Hammonatt du Hodh, fraction des Al-Lekal (MAUNY, p. 210) (variante : (26) nom : l’Mimat). Coïncidence que tout cela !

Groupement Tinouajiou (ou Tinouajib) (Hodh-Assaba-Mauritanie).

Le feu distinctif de toutes ces tribus est certainement aussi ancien que celui des kounta-Tadjakant. Ses possesseurs actuels lui ont trouvé aussi un apparentement avec des caractères arabes. Pour ces nomades c’est, : çaha (27) mais, comme il est toujours placé verticalement par le forgeron qui marque les animaux (28), on ne voit qu’un rapprochement lointain. En principe, toutes les tribus qui marquent d’un feu composé de lettres arabes, le font d’une manière correcte, c’est-à-dire horizontalement et de droite à gauche. Les Tinouajiou et leurs télamides pourraient très bien le faire ainsi (29), mais cela ne s’est jamais vu à ce jour.
Par contre en rupestre archaïque il est vertical aussi. Ce fut de même un signe hadramaoutique. Il figure gravé sur des pierres du temple de Sûr à Hureyda en Arabie du Sud, remontant, à 7 ou 8 siècles avant l’Islam.
Le voici encore sur un brûle-parfums, petit autel de pierre conservé au musée du Louvre. Il est surmonté de l’emblème solaire- lunaire de l’époque sabéenne (30). Voir aussi l’amulette en bois provenant d’un tombeau du temple de Sûr à Hureyda. L’inscription est sabéenne du VIIe siècle avant notre ère (British Museum) (31).
Signalons encore une inscription funéraire sur stèle toujours à Hureyda (32). On remarque les caractères dits « à lunettes ».
Le kiffeh de certaines monnaies Beni-Ommyad tirait-il de là son origine ? CONTENAU classe le qâtabanite dans l’écriture himyarite. (Voir pl. XLVIII. Arts et styles de l’Asie antérieure, et p. 109, sur l’épigraphie des premiers siècles de notre ère), écriture d’où dérive certainement les principes du coufique carré du début de l’Islam ; il dit notamment : « Une dédicace en proto-arabe, d’une belle écriture carrée les accompagne (motifs décoratifs). Tout cela témoigne d’un degré de culture ayant dépassé le stade du nomadisme (pl. XV, peintures de Téheihat-Ghassul, himyar des premiers siècles de notre ère). » Remarqué parmi ces motifs : (33). La marque de quelques tentes bérabiches Ouled Driss (de l’Azaouad) est : (34).

Groupements Ida ou Ali et Larlal de Mauritanie.

La marque générale de ces nomades est le souiba ou souibé (35). Son origine remonte-t-elle au rupestre ancien dit « garamantique » ? Dans _Contributions à l’étude du Sahara Occidental Paris, Larose, 1938, M. Th. Monod note, p. 11, sous les gravures sahariennes de chars (Hodh et Tagant) : « On peut se demander si des dessins comme ceux-ci (n°s 11 et 12) ne seraient pas des schémas de chars ( ?). N°s 13 et 14 : marque de tribu apparentée aux dessins précédents (36) n° 11 ; (37) n° 12 ; (38) n° 13 ; (39) n° 14. Il semble, en effet, que l’on peut rechercher là l’origine de cette marque curieuse, qui ne se retrouve nulle part au Moyen Orient. Ses détenteurs actuels, Ida ou Ali de Chinguetti principalement, qui prétendent en être les possesseurs originels de date immémoriale, l’assimilent aux lettres arabes tah (40) ; cependant, on retrouve dans beaucoup de régions de Mauritanie le style ancien de cette marque, et qui est : (41). Encore actuellement, de nombreuses tentes chamelières de ces groupements marquent ainsi leurs chameaux, côté droit du cou, près de la tête.
La stylisation de silhouettes matérielles, animales ou même humaines, peut seule expliquer quelques-unes de ces marques.

Exemples tirés du même ouvrage de M. Monod :

N°s 107-108-109, p. 55 ainsi que n° 149, p. 19 (42).
Caractère tifinagh et feu des Draouat (nom maure : habara) (MARTY, Brakna, p. 256) : (43, 44).
N°s 208 et 231 surtout, p. 21. (45). Marque des Ideiboussat et des Qoudf du Tagant (46, 47). N° 530, p. 33 (autruche stylisée ?)(48) Marque des Ikan-en-Taousit du Hoggar (LHOTE, p. 144) (49)N°s 1518 et 1524 (50, 51). Marque actuelle des Délakné du Hodh (52). D’autre part, p. 118, à propos de l’écriture Saryaniyya : le tâ=diabolo (53, 54), et le thème de base de l’écriture Ibranya (p. 120) est le chandelier ou trident de Neptune (55), variantes : (56) etc... Voir les exemples d’écriture « qâtabanie" (ci-dessus).





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